vendredi 23 octobre 2015

Jack O'Fire - The Destruction Of Squaresville [1994]




Une enquête de Glen S. Baster.
 
Quadraturbs Delenda Est.

Qu'est-ce que j'étais allé foutre dans cette galère ? Caton l'Ancien ou Molière, j'avais beau enfiler les citations comme les Ramones les morceaux de bravoure, question galère j'étais le champion. Toutes catégories. A cette heure-ci j'aurais dû être tout à ma quête, à la recherche de mon rayon de soleil, à relever le défi de son message sibyllin. Ça n'était pas mon combat.

[Les façades néo-classiques affichent fièrement leurs colonnes à chapiteau, leurs appareillages de pierres, leurs fenêtres aux proportions idéales. Des rectangles d'or à en avoir la nausée. Elles exhibent leurs pignons comme autant de symboles maçonniques. La pluie martèle les toits. La pluie inonde les chéneaux. La pluie ruisseeeeeelle le long des vitres.]

J'avais besoin de fric, j'avais accepté le boulot. "Now give me money, that's what I want". Fini le scotch, je pouvais me contenter de musique et de bière, mais j'avais quand même accepté le job. Pour bouffer entre deux bières. Pour me lancer dans ma quête. [Les façades néo-classique abritent des scènes douillettes, familiales. Immuable. Des familles réunies autour du diner. Un père qui récite les grâces. Des enfants qui jouent une fois leurs devoirs terminés. Immuable.]

Évidemment j'étais habitué aux missions ringardes, aux filatures foireuses, aux enquêtes pourries, mais là, je ne savais même pas si c'était une enquête. Ce mec sentait venir un truc et m'envoyait ici pour le tenir au courant en direct. Ici ! Grand reporter, envoyé spécial, pas un truc pour moi ça. Pas mon combat, juste le fric. [Les postes de télévision ronronnent et déversent leurs flots de publicités. Ketchup, soupes en boites, beurre de cacahuètes. La télévision dit : Engraissez, c'est bon pour l'Amérique.]

Et me voilà dans ce trou à rats, l'endroit où il ne se passe jamais rien. J'avais trouvé refuge dans le seul rade potable de la ville. Sièges en cuir, boiseries, j'étais coincé à l'intérieur d'un tableau de Hopper. "Nighthawks at the diner". [Un bruit sourd se répand et s'amplifie, escalade les graduations, décibel après décibel.]

"Nothing never happens here". Pourtant je vois des ombres s'agiter. J'entends une rumeur gronder. [Un homme regarde par la fenêtre. L'église veille sur la ville comme elle l'a toujours fait. L'homme est inquiet]. Baster est calé dans un siège en cuir. Mr. Bartender attend qu'il ait fini sa bière pour fermer. Mr. Bartender veut rentrer chez lui, retrouver femme, enfants et télévision. Mr. Bartender essuie des verres et s'impatiente. [L'inquiétude se répand au rythme du bruit sourd. L'homme referme sa fenêtre, le bruit persiste. Ses voisins sont inquiets, la rue est inquiète, la ville frémit.]

Ça n'est pas mon combat. J'aperçois des ombres, je distingue des formes, je RECONNAIS des silhouettes. Face à Baster sa bière. Plus loin dans son champ de vision la vitrine. Au-delà, la lumière colorée des néons éclaire des corps qui s'agitent, bras en l'air, jambes tendues. Ça remue et ça crie, portés par la nuit les bruits se heurtent aux façades, rebondissent sur les vitres, se répercutent de rue en rue. [L'eau qui ruisselle sur les pierres s'infiltre insidieusement dans les anfractuosités des joints. L'eau imprègne le ciment.]

Je RECONNAIS des fantômes. Ce noir maigrichon, feutre sur la tête, guitare bon marché dans le dos. Je perçois une odeur de soufre. Un halo de fumée le nimbe diaboliquement. [La télévision dit : le froid s'abat sur la région, il va geler cette nuit. A pierre fendre.] Là, un jeune type au regard intense, le corps parcouru de spasmes, une corde à linge autour du cou. Mr. Bartender regarde, incrédule, l'agitation de l'autre côté de sa vitrine. Un verre dans une main, le torchon dans l'autre, il en oublie Baster et sa bière interminable. Mr. Bartender est captivé, il oublie d'être inquiet. [Cette nuit l'eau qui a imprégné les joints des pierres va geler, son volume va augmenter d'environ 10%. En passant en phase solide l'eau va se dilater, faire éclater les joints et désolidariser les pierres. C'est seulement le début.] Et ici, une coupe afro, des vêtements de hippie, bandeau dans les cheveux. Ça n'est pas mon combat. Et celui-là, regarde celui-là, cheveux blonds mi-longs, veste en jean avec ses faux-airs de Brando, il chante comme si sa vie en dépendait.

Ils sont 10, ils sont  100. Un millier. La rumeur enfle à l'infini. Le bruit devient assourdissant. En vrac : des cris, des accords de guitare, des martèlements de batterie. Ça n'est pas mon combat, je reste assis sur mon siège en cuir. Mr. Bartender a oublié Baster. Mr. Bartender a oublié le verre dans sa main. Il fixe l'autre côté de sa vitrine, immobile. Tombé en syncope. Il a l'air d'être coincé dans un tableau de Hopper. [L'homme a fermé ses volets. Ses voisins ont fermé leurs volets. Ils cherchent un abri derrière une protection dérisoire.] J'entends les battements, je reconnais les rythmes. Ça n'est pas combat mais je les connais, je les vis. Sans mon accord mon cerveau a commandé à mon pied de battre la mesure sous la table. [De fines raies de lumière filtrent à travers les persiennes fermées et nimbent les rues d'une pauvre clarté impuissante.]

Sorti de sa torpeur par le martèlement du pied de Baster, Mr. Bartender regarde, hébété, le verre et le torchon. [Les molécules d'oxyde d'hydrogène ont entamé leur processus de solidification.] Les fantômes ne sont pas seuls, il y a des musiciens partout. On dirait que tous les groupes du monde se sont réunis ce soir. A Squaresville. Les traits de Mr. Bartender se déforment et expriment une horreur légitime au moment où il voit, il entend, il sent sa vitrine se briser. [Déjà une pierre tremble sur son socle puis une autre et encore une,] C'est un concert géant, un gig monumental, Les éclats de verre jonchent le sol de l'établissement, l'air froid s'engouffre dans la salle "pure rock'n'roll", tout le monde joue en même temps, les sons s'unissent, les rythmes s'empilent [emportées par les ondes sonores, les molécules d'air s'entrechoquent et poussent, hors de leur logement, les pierres] et  couche après couche constituent un ouragan sonore [qui entrent en résonance] et Mr. Bartender se demande fugitivement s'il ne devrait pas balayer mais décide finalement de remettre ça au lendemain qui emporte tout sur son passage, pas mon combat, partout les vitres volent en éclat, [et, une à une, dégringolent] sans être très sûr de ce que sera le lendemain, le public hurle, reprend les refrains en cœur comme des hymnes, [des façades néo-classiques,] communion, fusion, confusion. [les piliers cèdent sous les assauts] ni comment il va retrouver sa ville après ce qui se passe ce soir. [et les linteaux basculent à leur tour] Ce n'est pas mon combat mais j'entre en résonance [et s'écrasent sur le pavé dont les éclats se répandent sans harmonie,] Mr. Bartender s'inquiète tout à coup [les façades exhibent maintenant des dents creuses, des trous noirs] et ma table, ma bière sont les seuls éléments stables dans ce pour femme, enfants, télévision [des gueules béantes] maelström sonore où je bascule sans résister, ce n'est pas mon combat, "my my hey hey", et plus généralement pour tout ce qui constituait le cocon rassurant de sa vi(ll)e, [et tentent de se maintenir encore un peu, un instant, une seconde, une infime fraction de temps] mais je bascule à mon tour et le tourbillon [avant de s'effondrer] ce qui était, ce qui ne sera plus [de toute leur] m'emporte, les fantômes, les fantômes. [hauteur].

[La télévision dit : rien, silence, écran noir.] Mr. Bartender, à genoux, pleure. Ses larmes, de tristesse ? de joie ? ruisseeeeellent sur son visage transfiguré. Je passe derrière le comptoir et je remplis un verre. Mr. Bartender regarde la bière que je lui propose. Mr. Bartender me regarde mais ses yeux semblent fixer un point loiiiiiiin derrière moi. Son regard vide remplit l'espace. "Rock'n roll is here to stay".

Track-list

01 Asked For Water (Howlin' Wolf)
02 Meet Your Death (Blind Willie McTell)
03 No Love Lost (Joy Division)
04 Moanin' At Midnight (Howlin' Wolf)
05 Hate To See Ya Go (Little Walter)
06 Can't Tell No One (Negative Approach)
07 Own-up Time (Small Faces)
08 Judgment Day (Pretty Things)
09 Let's Get Funky (Hound Dog Taylor)
10 So What (The Lyrics)
11 7th Son (Willie Dixon)
12 Stand By (The Sabyrs)
13 Boss Hoss (The Sonics)
14 Jackie O (The Beguiled)
15 Slow Down Little Jaguar (Chuck Berry)

Line-up


Dean Gunderson : Double bass
Joshua La Rue : Drums
Pepper Wilson : Hammond Organ
Tim Kerr : Guitar
Walter Daniels : Vocals, Harp/Harmonica



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Till

dimanche 21 juin 2015

[Retour de concert] Kevin Morby au Marché Gare - 10 juin 2015


Retour au Marché Gare, ça faisait plusieurs mois que je n'y avais pas mes pieds d'Homo Rock'n'Rollus attardé. Mais là, forcément, l'ancien Babies devenu grand tout seul avait retenu mon attention et j'avais coché la date depuis longtemps.

Chronologie oblige, j'attaque par les premières parties, deux pour le prix de zéro, une affaire en or. Impossible de ne pas parler un peu de Weyes Blood, pseudo de Natalie Mering que je ne connais pas. Mais hey, je ne connais pas tout le monde dans le monde non plus hein. Pourtant c'est une expérience. Courageuse. Une voix troublante, fragile dirait l'apprenti Inrock And Folk que j'ai renoncé à être, posée sur, sur...sur quasiment rien. Parfois une guitare discrète, parfois des sons samplés. Pas de la musique à proprement parler, plutôt des murmures musicaux. Le tout fait immanquablement penser à une certaine Nico. La dame est seule sur scène, dans une tenue aux antipodes de son folk gothique - Inrock And Folk sors de ce corps - et voilà. C'est troublant, pas toujours passionnant mais une expérience à vivre. Au moins une fois.

La suite est plus commune. Ou presque. Du rock, du vrai, qui sent la sueur et la bière. D'ailleurs j'ai fini la mienne, c'est la misère. Rock, un peu punk, un peu garage, un peu noise. Indie comme on écrit chez vous-savez-qui. Hé les mecs, 4 guitares pour une basse, vous êtes sûrs que c'est suffisant ? Sinon demandez à Miss Weyes Blood, elle en a peut-être une autre dispo, peu servi, état neuf, une affaire.

Mais voilà qu'au fond de la scène, d'un écran de fumée noire jaillit un fier cavalier blanc. La foule extatique retient son souffle, dans l'attente de la parole divine. Ok, ok j'en fais beaucoup, ça s'est pas passé du tout comme ça. Sauf que, le cavalier blanc quand même hein. J'avais laissé Little Kevin en chemise de cow-boy rouge à carreaux blancs et le voilà qui bluffe tout son monde avec sa chemise de cow-boy blanche. A se demander si c'était bien lui. Mais mon garçon, on ne me l'a fait pas à moi, j'étais prévenu, j'ai un indic.

Donc, oubliez l'écran de fumée, la foule extatique et la parole divine. Mr Morby se pointe sur scène comme un petit gamin sympa, accompagné d'un grand batteur et d'une petite bassiste. Ok Kevin, tu veux te la jouer cool, folk-singer, guitare acoustique, pas de problème, fais comme tu veux. Mais je te connais tu tiendras pas longtemps. Tu vas vite revenir à l'électricité, j'en suis sûr. Alors vas-y, déroule ton folk, balance-nous tes "hou hou hou", j'ai même pas envie de me moquer. All of my life, waiting for you, j'exagère à peine. Mais ho, la gratte électrique te démange hein ? T'as parcouru des miles miles miles pour venir ici alors profite.

Et oui, le gamin a pris la guitare électrique et enchaine les morceaux avec l'aisance insouciante du petit génie qui se fout de tout ce buzz autour de lui. Ah ouais tu fais pas la star Kevin ? Pas de discussion effrénée avec le public, tout juste quelques mots pour annoncer un titre. Mais attention. Kevin agite la tête, Kevin secoue sa guitare, Kevin martèle les cordes. Guitar hero pour rire, les morceaux deviennent plus rock. T'as pas oublié les Babies hein Kevin ? C'est Cassie qui serait contente.

Pas de bol, quelques problèmes techniques perturbent le show. Bon d'abord les mecs, le réglage de la basse, c'était pas au point. Harlem River I'm in love love love love mais alors là, la basse m'a démonté la cage thoracique. J'ai senti mes côtes danser séparément pendant quelques minutes. All because of you. Et puis ce larsen merde ! Le pôv petit Kevin ne sait plus quoi faire avec sa guitare. Alors ni une ni deux, il quitte la scène et il va en chercher une autre. Comment ? T'as même pas un roadie pour faire ça ? Quand je vous dis que c'est pas une star ce Kevin.

Oubliées la basse qui désosse et la guitare qui flingue les tympans, j'irai faire un check-up demain. En attendant je tiens le coup, la soirée est pas finie. If you knew just how far I'd travel... Oh mais quoi, qu'est-ce que tu nous fais là ? Les musicos se retirent et tu restes tout seul sur scène ? C'est-y pas mignon ça. Non, je me moque mais j'aime bien ton truc. The dead they don't come back. Et Our Moon n'est pas dans le caniveau, elle brille tout là-haut.

Mais rappelle quand même tes potes, on n'en a pas fini avec vous. Tu me dois un truc Kevin, dépêche, c'est déjà le rappel. Tu joues le mec têtu hein. On te demande The Jester et tu attaques autre chose, mais je t'ai à l'oeil et je te laisserai pas partir comme ça. Ah voilà, tu vois quand tu veux. So where is Arlo now ? One, he was my friend.

C'était le 10 juin 2015 au Marché Gare, j'y étais.


 





 














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Till

lundi 4 mai 2015

The Screws - Shake Your Monkey [2001]



Ok à mon tour. Alors je te demande à toi, dans la famille Collins je voudrais Mick. Tu l'as ? Super ! Je continue alors. Encore à toi, toujours dans la famille Collins je voudrais...Mick. Non ? T'es sûr ? Ok je pioche. Aaaaaah bonne pioche, regardez, j'ai tiré Mick. C'est donc encore à moi de jouer. Alors je te demande à toi cette fois, dans la famille Collins je voudrais Phil. Non, je déconne, je voudrais Mick. Et tu l'as, c'est parfait, ça me fait une famille. Quoi ? Comment ça je ne peux pas faire une famille avec seulement Mick ? Bien sûr je peux.

Regarde, j'ai le Mick Collins des U-Boats, celui des Floor Tasters. Là le Mick des Gories, celui de Blacktop, celui de King Sound Quartet et des Dirtbombs. Et pour finir celui des Screws. Alors ? Ça fait pas une famille ça ? J'en ai même sept pour le prix de six et sans tricher. Une belle brochette ouais. La Detroit family. Ça te parle Detroit ? Tu sais la grande ville pas loin de Ann Harbor...

Mick Collins donc. Regarde, je les aligne sur la table, ça a de la gueule tout ça non ? Regarde-moi cette collection de groupes. Ça blues, ça rock, ça garage. Ça soul même, faudrait pas oublier que c'est Detroit, Motown et compagnie. Non, non, ça S.O.U.L, fais pas celui qui comprend pas hein. Bref ça secoue. Shake the monkey, comme Peter Gabriel. Non je déconne. Mais vas-y, te gêne pas, Shake it, Baby. Je te vois, Ramona aussi et elle approuve.

Bah voilà, quand on nait noir à Detroit et qu'on aime la musique des blancs ça donne ce furieux mélange. Cocktail explosif, sans sucre, sans paille. Du brut. Si t'attendais le petit parasol sur le verre tu t'es trompé d'adresse. Mais attention, c'est fait avec un goût exquis. Du brut mais du beau.

Tu peux en reprendre un, n'hésite pas, c'est fait exprès c'est 100% reprises. Mick Collins est un dangereux amoureux de rock-blues-soul. Punk blues ? Ouais si tu veux, ça marche aussi. "If you can't dance or fuck to it, then it ain't rock n' roll." C'est pas moi qui le dit c'est Collins himself. Dangereux ce mec je te dis. Mériterait une attention particulière de la NSACIAFBI pour surveiller ses actions subversives.

Du coup tu as mis Baster sur l'affaire pour enquêter ? Ouais je l'ai mis. Tout ce que ce minable a réussi à trouver c'est que la pochette était un clin d’œil à "Miami" du Gun Club. Tu parles d'un tocard ce privé.



01. Story 16 (The Outsiders)
02. Keep On Lovin' Me (Ike Turner)
03. In Case You Need Love (Smokey Robinson)
04. Flip Your Face (James Chance And Contortions)
05. The Storm (Rolling Stones)
06. I See You, Baby (Groove Armada)
07. Ramona Say Yes (Chuck Berry)
08. Betcha Can't Kiss Me (Ike & Tina Turner)
09. Shake It, Baby (John Lee Hooker)
10. Strange Things (arr. by Hendrix) (traditional)
11. If Loving Is Believing (Billy Emerson)
12. I'm Yours And I'm Hers (Johnny Winter)
13. Monkey Doin' Woman (Shy Guy Douglas)
14. I Ain't In The Mood (Donna Hightower)




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Till

mardi 17 mars 2015

[St Patrick's Day] - Auld Corn Brigade + Irish Punk Drinking Songs









Bin quoi ? J'allais quand même pas te faire le coup de Baster en Irlande. Baster par-ci, Baster par-là...Lâche-lui la bouteille à Baster. On a assez parlé de lui ces temps-ci. Baster, Baster, rien que d'entendre son nom j'en ai la nausée. Baster et moi on est un peu fâchés si tu vois ce que je veux dire. Et si tu vois pas c'est pareil. Fâchés qu'on est. Pas pour longtemps remarque, c'est le genre de brouille dont on se remet. Surtout lui, vu qu'il n'existe pas sans moi.

Mais quoi, à force de raconter du Baster j'en oublie de parler de moi. Alors que j'adore ça parler de moi. Et puis oh, c'est bon hein, on va pas faire "Baster à la plage" ou "Baster font du ski" non plus. Alors voilà, Glen S. Machin il la met en sourdine quelques temps, ça me fera des vacances.

Parce que, entre nous, qu'est-ce qu'il y connait Baster à l'Irlande ? Sérieusement. C'est lui qui s'est fait chahuté sur un rafiot pour débarquer glorieusement à Cork ? Tu l'imagines se taper les routes de la côte, longer les murets en pierre sèche, s'arrêter toutes les trois bornes pour laisser traverser les troupeaux de moutons ?

Non Monsieur Baster lui, préfère aller se mettre minable dans les pubs de Temple Bar.

Pas question qu'il passe une demi-journée à grimper en haut de la Purple Mountain, qu'il redescende en courant au milieu de la bruyère et se casse la gueule dans l'herbe mouillée. Bin ouais, mouillée parce que cinq minutes avant il faisait soleil mais là il pleut. Et dans cinq minutes il fera soleil à nouveau.

Non Monsieur Baster lui, préfère s'envoyer des bières accoudé au bar du Quay's.

Ça me fait marrer de l'imaginer en train de crapahuter sur les sols lunaires du Burren. Ou de gerber son whiskey en se penchant du haut des Cliffs of Moher. Attends, attends, je pense à des trucs marrants. Le jour où Baster me fait chier, je balance les dossiers. Baster au grand concours de horseshoe throwing pendant la fête du bouc de Kinvarra. Ah ah ah. Et celle-là, attends attends : le grand Glen S. machin se baigne au bord de l'Atlantic Drive, l'eau à 12° au mois d'août, les guiboles tétanisées.

Non Monsieur Baster lui, préfère s'enfiler des verres de Jameson jusqu'à tomber par terre.

Même à jeun il était incapable de prononcer les noms de là-bas. Letterkenny, Lisdoonvarna, Glengarriff ou Skibbereen. Hermétique à la poésie de leur sonorité. Il lui fallait du facile à prononcer, des Tralee, des Galway et des Sligo. Et puis, imperméable à des plaisirs simples ce minable. Prendre un full irish breakfast chez Mrs O'Callaghan à Killarney. Poser la voiture et visiter un cimetière  abandonné au bord de l'océan. Manger une soupe dans un pub de Ballyshannon. Aller voir un match de rugby à Lansdowne Road. Se faire rembarrer parce qu'on a commandé une Murphy alors qu'ici on ne sert que de la Guinness. Ou le contraire, ça existe aussi.

Non Monsieur Baster lui, préfère se faire ramener en brouette dans le premier caniveau venu.

Pourtant cet abruti de Baster, je l'ai vu s'éclater, j'ai vu ses yeux briller, j'ai vu un sourire illuminer son visage. J'ai vu le cynisme quitter ses traits quand les mecs sortaient leurs instruments. Fiddle, bodhran, banjo, tin whistle...envoyez. Let's go Paddy ! Je l'ai vu chanter toute la nuit, sans connaitre les paroles. Je l'ai vu tanguer avec ses voisins. Je l'ai vu payer à boire à la cantonade. Putain, Baster je l'ai même vu se lever comme un seul homme pour entonner Ireland's Call.

From the mighty Glens of Antrim
From the rugged hills of Galway
From the walls of Limerick
And Dublin Bay

Shoulder to shoulder
We'll answer Ireland's call




Les berceuses des combattants aus Nordhausen(*) :
01 I'll tell me ma
02 Boys of the Old Brigade
03 Star of the County Down
04 The boys that wore the Green
05 Irish ways and Irish laws
06 Muirsheen Durkin
07 Sean South from Garryowen
08 Come out ye Black and Tans
09 Apples in winter
10 Irish soldier laddie
11 Ride on
12 Broad Black Brimmer
13 Dirty old town
14 Rifles oth the IRA

(*) Remboursez ! C'est une escroquerie, Auld Corn Brigade est un groupe allemand. Mais c'est bien imité.

Guinness Book des chansons à boire :
 01. The Mahones – Drunken lazy bastard
02. The Bloody Irish Boys – Drunk Tonight
03. Great Big Sea – The Night Pat Murphy Died
04. Dropkick Murphys – Finnegans Wake
05. The Pogues – If I should fall from grace with god
06. Flogging Molly – May the Living be Dead (In Our Wake)
07. The Mahones – A Drunken Night in Dublin
08. The Bloody Irish Boys – Enniscorthy in a Bottle
09. Great Big Sea – Lukey
10. Dropkick Murphys – Bar room hero
11. The Pogues – Fairytale of New York
12. Flogging Molly – Drunken Lullabies
13. The Mahones – Paint this town red
14. The Bloody Irish Boys – Streams of Whiskey
15. Great Big Sea – Home for a rest
16. Dropkick Murphys – Dirty glass
17. The Pogues – Whiskey you’re the Devil
18. Flogging Molly – Seven deadly sins 


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Till

lundi 2 mars 2015

The Babies - Our House On The Hill [2012]



 Une enquête de Glen S. Baster

"Comprenez-moi bien Monsieur Baster. Je m'adresse à vous parce que vous êtes mon dernier recours. La police ne m'écoute pas, je ne sais plus à qui m'adresser." Mon soupir a dû s'entendre jusqu'à l'Ile aux Enfants. Je pensais être débarrassé pour de bon des filatures, des adultères et des fugues d'ados rebelles. J'avais une quête à mener, je voulais passer à des affaires d'envergure. Mais mon banquier s'était fait un plaisir de me rappeler l'état de mes finances. Daddy was a bank robber, j'aurais dû faire comme lui. L'état de mes finances me conseillait d'accepter ce dossier. Mais quand même, les bacs à sable, les cours d'école, les garderies... Ma petite voix intérieure me disait d'accepter. Un truc pas compliqué, une affaire rondement menée, le temps de compter One, two three, four et tu passes à autre chose. Vite fait.

Le banc en bois était gelé. L'air était gelé. J'étais gelé. Je serrai le col de mon manteau autour du cou.Take me out of the cold. Une bande de marmots piaillait à qui mieux-mieux en se poursuivant dans le sable. J'étais en planque depuis loooooooongtemps. Je regrettais mon impasse. Je regrettais mon bureau. Je regrettais ma quête. Harlem river, I'm in love, love, love, love. J'avais sorti un dossier, mes notes, des photos. Histoire de paraitre occupé. Histoire de ne pas attirer l'attention sur moi. "Je suis très inquiète pour mon petit Kevin, Monsieur Baster. Il y a des types louches qui trainent autour de l'école". Sans crier gare, dans un coin de ma tête, Rudimentary Peni s'étaient mis à jouer Alice crucifies the paedophiles. Des gamins dans un bac à sable, des types louches qui tournaient autour. Et maintenant Baster qui cherchait les types louches. Putain de fric. Puto dinero.

J'avais facilement repéré Little Kevin au milieu du troupeau. Grâce aux photos, grâce à la description de la maman inquiète. Et grâce à ses fringues ridicules. Sa mère l'avait affublé d'une chemise rouge à pois blancs. Ou à carreaux. De ma place impossible de se prononcer, les motifs se mélangeaient dans un effet psychédélique à rendre fou un caméléon sous ecstasy. Mais j'avais le petit Kevin en ligne de mire et, si je voulais toucher rapidement mon chèque, pas question de le lâcher d'une semelle de basket. On allait voir ce qu'on allait voir, j'allais sauver le marmot des vilains monsieurs, rassurer la maman et rassurer mon banquier. Baster défenseur de la veuve et de l'orphelin, ah ah, l'idée m'aurait fait rire si je n'avais pas claqué des dents à cause du froid.

L'orphelin présumé ne perdait pas de temps, il s'était déjà fait une copine. J'avais rapidement constitué un dossier sur la petite Cassie. Elle avait fréquenté l'école de filles des Vivian avant de débarquer dans le coin et de mettre le grappin sur le petit Kevin à sa maman. Une bad girl en puissance, le genre qui ne s'en laisse pas compter. Mais elle avait le bon goût de s'appeler Ramone. Cassie is a punk rocker ? Mes Bonnie and Clyde miniatures avaient deux autres copains sur lesquels je n'avais pas encore récolté de renseignements. Tous les quatre avaient l'air de former une bande à part. Ça chantait, ça prenait des poses de guitariste. Les stars de la cour de récré. Les idoles du bac à sable.

Alertez les bébés. J'avais localisé les types louches qui inquiétaient ma cliente. Les mecs trainaient sans vergogne autour des gamins. Leurs costards-cravates les trahissaient, leurs dents affutées les trahissaient, la bave autour des lèvres les trahissaient. Les requins tournaient en cercles concentriques. We are the Meninblack. J'ai vite compris ce qui faisait flipper la maman. Et elle avait raison. Elle avait raison d'avoir peur et elle avait raison de s'adresser à moi. Les flics ne voulaient pas mettre les doigts là-dedans. Les flics ne voulaient pas se faire taper sur les doigts.

Quelques photos discrètes, quelques coups de fil pour se rencarder, quelques questions posées au bon endroit. Parfois une enquête se boucle facilement. Vite fait. J'avais trouvé des noms, j'avais trouvé des fonctions. Des connexions se créaient, des liens tissaient un réseau, une toile s'étendait et déroulait un piège grossier mais redoutable. Je savais. En quelques jours j'étais en mesure de faire mon rapport à maman Kevin. Tout ça sans une goutte d'alcool. J'allais boucler cette affaire, j'allais toucher mon chèque. Passer à autre chose. Vite fait.

"Est-ce que Woodsist vous dit quelque chose Madame ? J'ai bien observé ce qui se trame autour de votre petit Kevin. Rien à voir avec des pédophiles mais vos types louches ne sont pas rassurants pour autant. Il s'agit d'un autre genre de prédateurs. Une bande de crocodiles qui aimeraient exploiter les talents de votre Sonic Youth. Je suis sûr qu'ils ont des contrats aguicheurs qui feraient fantasmer plus d'un apprenti musicien. Mais ces gamins ont la tête sur les épaules. Un des amis de votre Kevin a eu la bonne idée de créer un label indépendant. Woodsist. [Note perso : penser à consulter le catalogue des p'tits génies]. Ça les met à l'abri, pour un temps au moins, de se faire croquer par les Bogeymen de service. Rassurez-vous Madame Morby, votre fils et ses petits copains ont du talent. Je vous enverrai ma note d'honoraires."



Les chansons de classe

01. Alligator
02. Slow Walkin
03. Mess Me Around
04. Get Lost
05. Baby
06. Mean
07. On My Team
08. Moonlight Mile
09. See The Country
10. That Boy
11. Chase it to the Grave
12. Wandering


La bande de l'école

Kevin Morby – vocals, guitar
Cassie Ramone – vocals, guitar, artwork, layout
Brian Schleyer - bass
Justin Sullivan – drums


Les copains du bac à sable

Tim Presley – guitar, organ
Jenna Thornhill Dewitt - saxophone (track 6)
J.W. Reed - cello (track 12)


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Till

lundi 12 janvier 2015

lundi 15 décembre 2014

The Boys Next Door - Live at Swinburne College - [19-08-1977]



HERALD SUN MELBOURNE

Edition du 20 août 1977.

La folie punk semble s'être emparée de la jeunesse australienne ces derniers temps. En effet depuis quelques mois sévissent, à Melbourne même, des groupes dont l'influence néfaste sur les valeurs fondatrices de la société australienne doivent absolument mettre en alerte les responsables politiques locaux et nationaux. Familles de la bonne société de Melbourne, craignez pour l'avenir de vos enfants. Soyons vigilants, ne laissons pas cette mauvaise graine germer, prendre racine et se répandre comme la chienlit.

Hier soir encore le Swinburne College, honorable institution de l'éducation Melbourniane, a été le théâtre des exactions d'une bande de jeunes voyous se faisant passer pour des musiciens. On se demande en effet comment ce Nicholas Edward Cave et ses petits camarades peuvent oser prétendre au titre de musiciens, eux dont le principal fait d'armes consiste à massacrer des chansons célèbres du répertoire de la musique populaire anglo-saxonne. Ce Monsieur Cave chante aussi faux qu'il hurle fort et ses acolytes font, de toute évidence, souffrir les pauvres instruments dont ils peinent à sortir des sons à peu près acceptables pour une oreille humaine.

Et encore faut-il dire un mot des "paroles". Quand ils arrêtent de massacrer les chansons des autres ces jeunes prétentieux se targuent de jouer leurs propres "compositions", dont le contenu aurait gagné à rester dans la poubelle au fond de laquelle ils les ont probablement ramassées. Qu'est-ce qu'un morceau intitulé "Masturbation Generation" a à faire sur la place publique ? Sans doute leur but n'est-il que de choquer l'auditoire par leurs textes orduriers et leurs provocations faciles. Probablement ont-ils à cœur de s'affirmer en piétinant bêtement la longue tradition australienne des groupes de hard-rock qui ont fait la fierté du pays et sa renommée à travers le monde. Certainement, ces jeunes dépravés, aux coupes de cheveux improbables, se trouvent-ils plus malins à sortir du glorieux sillon tracé par AC/DC, Rose Tattoo ou Cold Chisel.

De hurlement sauvage en accord raté, on n'a de cesse de s'interroger sur les motivations d'un public prêt à débourser quelques précieux dollars pour assister à cet effroyable spectacle. Toute personne saine de corps et d'esprit devrait avoir comme priorité absolue d'éviter à tout prix ce genre de représentations affligeantes. Et de prier de toutes ses forces pour que ce phénomène étrange qui pousse une partie de la jeunesse à adopter ces tenues vestimentaires provocantes, ces attitudes dépravées et ces grimaces répugnantes, pour que ce phénomène donc, reste confiné à la tristesse londonienne et à la grisaille mancunienne et épargne, tant que faire se peut,  nos riantes métropoles ensoleillées.

Et pourtant, il faut bien reconnaitre qu'il y avait du monde à ce concert. C'est à croire que tout ce que la jeunesse australienne compte de marginaux et asociaux s'étaient donnés rendez-vous hier soir au Swinburne College de Melbourne. On remarquait sans peine la tristement célèbre Tank Girl, surmontée de sa ridicule houppette. Son petit ami, le kangourou mutant Booga (sic !) a eu toutes les peines du monde à s'extirper du tank, négligemment garé sur le trottoir, tant il semblait sous l'effet de substances psychotropes prohibées. C'est un pack de bières sous le bras que Tank Girl a accueilli ses amies Jet Girl et Sub Girl qui avaient laissé leur moyen de transport respectif dans un coin des Central Gardens voisins.

Parmi les pseudo-célébrités présentes on trouvait également Chris Bailey et ses soi-disants Saints, arrivés tout droit de Brisbane qu'on aurait préféré qu'ils ne quittent jamais. Il n'était pas plus étonnant de remarquer, au milieu de cette concentration de rebuts de la société, le sulfureux détective privé Glen S. Baster, qui ne recule devant aucune compromission pour associer son nom aux manifestations les plus scandaleuses, espérant ainsi glaner une pauvre gloire éphémère et futile au regard de l'indigence de sa misérable carrière.

Il semble réellement que tout l'underground de l'outback avait rappliqué backside et le leash en bandoulière pour se presser dans le backstage du groupe du soir. The Boys Next Door, un nom à oublier rapidement.
Matt Mc Onery         

Line-up :
Nick Cave : haaaaaaaaaaahhh !
Mick Harvey : gling gling
Tracy Pew : dong dong
Phil Calvert : boum chic boum

Track-list :
01 Blitzkrieg Bop    
02 Ain't It Funny    
03 I'm 18    
04 Gloria    
05 Masturbation Generation    
06 Who Needs You? (That Means You)    
07 I Put A Spell On You    
08 My Generation    
09 Big Future    
10 These Boots Are Made For Walking    
11 World Panic    
12 Louie Louie


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Till

jeudi 16 octobre 2014

Marianne Faithfull - Before The Poison [2005]





 Une Quête de Glen S. Baster

La bouteille avait roulé au fond de la pièce. Ouais. Mais j'avais parfaitement capté son regard torve. J'avais parfaitement lu dans son œil ouvert. J'avais saisi le message. Cinq sur cinq. "Tu reviendras un jour. Vas-y, essaie de m'oublier, tu ne pourras pas. No way, tu reviendras et je serai là." C'était une vieille histoire entre elle et moi et elle n'avait pas envie que ça s'arrête. Moi si. Désolé sweet heart, terminus, fin du voyage, Me and my bottle c'est fini. Le disque est rayé, bazardé, filé au Garbage man. Mon rayon de soleil était passé par là. J'avais vu la lumière divine. Rédemption, ouais, comme un vieux con de rocker mystique.

Hey ! Je ne pouvais quand même pas tirer le rideau comme ça sans un concert d'adieu. Alors quoi ? Alors je m'étais réfugié dans mon rade préféré. Mon pub de galère. Mon bateau ivre et j'étais bien amarré au zinc. Pour la millième fois j'avais franchi la porte du O'Malley's Bar. Mon tabouret m'attendait. Le comptoir m'attendait. Son ultime pilier pour chavirer. J'allai pleurer dans ma bière.

Derrière le bar, Lucy Jordan me matait du coin de l’œil. Lucy avait vu ma gueule se pointer. Lucy avait saisi le message. Cinq sur cinq. Elle avait lâché le verre et le torchon, elle avait fouillé dans un placard et elle avait posé le disque sur la platine. Spécial Baster. Spécial déprime. Mauvaise rime, good girl. Je savais de quoi elle était revenue. Du haut de son toit elle avait compris des trucs qui m'échapperaient toujours. Elle avait vu ma tronche et elle avait choisi le bon disque. Spécial Baster.

Elle connaissait peut-être les mystères de l'amour mais rien de ça entre nous. Lucy c'était mon ange gardien. Ma bouée quand le bateau ivre chavire. Les secours en mer. La bière me rendait bavard. Je m'étais laissé aller, Lucy savait écouter. Love is crazy, love is blind. "So what Baster ? Tu nous fais chier à te lamenter sur ton sort, bouge-toi putain !" Mes amis ont la fâcheuse manie de vouloir me secouer. Lucy pareil. Je ne voulais pas de pitié, juste besoin qu'on m'écoute. Oh Lucy can you hear me when I cry and cry and cry ?

Non Lucy avait décidé de me secouer. Conneries. Je lui avais raconté mon rayon de soleil, l'admiratrice de Springsteen, ma mystérieuse inconnue. Je lui avais raconté le parfum qui flottait encore dans mon bureau longtemps après son départ. Je lui avais raconté le bruit des pas qui s'éloignaient irrémédiablement. Ouais ouais ouais. Lucy se marrait. Lucy me chambrait. "Alors Baster qu'est-ce que tu nous fais là ? C'est ta crise de la cinquantaine ?" Je ne voyais rien d'autre à faire, j'ai repris une bière.

Le poison coulait lentement dans mes veines. C'était plus facile avant. Avant je buvais mon malt pour ne penser à rien. Maintenant je buvais pour ne plus penser à ça. Lucy se marrait. Lucy sifflotait. Lucy chantait. Down the road came a Junco partner, he was loaded as he can be, he was wobbling all over the street. Impitoyable. Entre deux bières j'avais sorti le bout de papier. Avec la grâce du privé à la recherche de renseignements, j'avais fait glisser le bout de papier vers Lucy. When you remember who I am, just call. Pas de signature mais j'avais reconnu le parfum. Sans l'ombre d'un doute.

"Alors qu'est-ce que tu fous encore là Baster ? T'es un privé non ? T'es pas capable de la retrouver tout seul ?" Trois questions à la suite, c'était trop pour moi. D'habitude c'est moi qui les pose les questions. Ça m'évite de devoir répondre. A la dernière chanson du disque j'avais arrêté de compter les bières depuis un bon moment. J'avais finalement opté pour une position d'où je voyais parfaitement le dessous de mon tabouret. Là-haut le comptoir me narguait, me renvoyant la rutilance de son zinc. Plus haut les spots du plafond me menaçaient mais j'étais décidé à ne rien dire.

J'ai rouvert les yeux au moment où Lucy me déposait sur mon paillasson. Trop tôt pour essayer de comprendre comment elle avait fait. Sacrée Lucy. You're a friend of mine, I love these friends of mine. D'une paire de baffes elle m'a réveillé pour de bon. Elle m'a collé un truc dans la main et a tourné les talons. Sans un mot. Je me souviens du bruit de ses pas qui s'éloignaient dans l'impasse. Je me suis assis comme j'ai pu. Un lampadaire crachait péniblement une lumière minable. J'ai déplié le bout de papier.
When you remember who I am, just call.
Ok. J'avais une tâche à accomplir. Un vrai boulot de privé. Une quête.


01. The Mystery of Love (PJ Harvey)
02. My Friends Have (PJ Harvey)
03. Crazy Love (Marianne Faithfull, Nick Cave)
04. Last Song (Marianne Faithfull, Damon Albarn)
05. No Child of Mine (PJ Harvey)
06. Before the Poison (Marianne Faithfull, PJ Harvey)
07. There Is a Ghost (Marianne Faithfull, Nick Cave)
08. In the Factory (Marianne Faithfull, PJ Harvey)
09. Desperanto (Marianne Faithfull, Nick Cave)
10. City of Quartz (Marianne Faithfull, Jon Brion)



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Till